Vous apportez à votre société un bien autre que de l’argent : du matériel, un véhicule, un fonds de commerce, des titres, une marque.
C’est un apport en nature.
Sa valeur détermine le nombre de parts ou d’actions que vous recevez, et donc le capital de la société.
Pour protéger les autres associés et les créanciers, la loi prévoit qu’un professionnel indépendant apprécie cette valeur : le commissaire aux apports.
Est-il toujours obligatoire ? Non. Tout dépend de la forme de la société, du moment de l’apport et de son montant.
Le principe : un commissaire aux apports pour tout apport en nature
Le commissaire aux apports intervient en principe :
- à la constitution d’une société qui reçoit des apports en nature ;
- lors d’une augmentation de capital réalisée, en tout ou en partie, par apport en nature.
La règle vaut pour les SARL et les EURL (article L. 223-9 du Code de commerce), les SAS et les SASU (article L. 227-1), et les sociétés anonymes.
Il se prononce aussi sur les avantages particuliers éventuellement accordés à un associé ou à un tiers.
À la constitution : la dispense, à trois conditions
À la création d’une SARL, d’une EURL, d’une SAS ou d’une SASU, les futurs associés peuvent décider de ne pas recourir à un commissaire aux apports.
Les trois conditions sont cumulatives :
- La décision est prise à l’unanimité des futurs associés (par l’associé unique, en EURL ou en SASU).
- Aucun apport en nature ne dépasse 30 000 €, pris isolément.
- L’ensemble des apports en nature non évalués ne dépasse pas la moitié du capital.
Une seule condition manque, et le commissaire aux apports devient obligatoire.
Deux exemples
Dispense possible. Une SAS au capital de 40 000 € : 30 000 € en argent et un véhicule apporté pour 10 000 €. L’apport ne dépasse pas 30 000 € et représente un quart du capital. Les associés peuvent, à l’unanimité, se dispenser de commissaire aux apports.
Commissaire obligatoire. Une SARL au capital de 20 000 € : 5 000 € en argent et du matériel apporté pour 15 000 €. L’apport reste sous 30 000 €, mais il dépasse la moitié du capital (10 000 €). Un commissaire aux apports doit être désigné.
Le cas de l’entrepreneur individuel qui passe en société
Vous exercez déjà en nom propre et vous créez votre EURL ou votre SASU pour y apporter votre activité.
Le commissaire aux apports n’est pas obligatoire si vous, associé unique, personne physique, apportez des éléments qui figuraient dans le bilan de votre dernier exercice (articles L. 223-9 et L. 227-1).
Cette dispense suppose donc une comptabilité au régime réel, avec un bilan.
Elle ne s’applique pas aux biens absents de ce bilan, ni lorsque la société compte plusieurs associés : on revient alors aux trois conditions ci-dessus.
Voir l’apport d’un fonds de commerce à une société
Lors d’une augmentation de capital
Les règles sont plus strictes :
- en SAS et en SASU, comme en société anonyme, la dispense liée aux seuils n’existe pas : un commissaire aux apports est désigné pour l’apport en nature, en dehors de cas particuliers prévus par les textes, rares dans les PME (article L. 225-147) ;
- en SARL et en EURL, l’article L. 223-33 renvoie aux règles de la constitution ; la possibilité de se dispenser de commissaire aux apports fait l’objet de lectures différentes : nous l’examinons avec vous, au cas par cas.
Une SAS créée sans commissaire aux apports en aura donc besoin pour son premier apport en nature ultérieur.
Le prix de la dispense : une responsabilité de cinq ans
Se passer de commissaire aux apports n’est pas sans conséquence.
Lorsqu’il n’y a pas eu de commissaire aux apports, ou lorsque la valeur retenue diffère de celle qu’il a proposée, les associés sont solidairement responsables, pendant cinq ans, à l’égard des tiers, de la valeur attribuée aux apports en nature.
En augmentation de capital de SARL, cette responsabilité pèse sur les gérants et sur les personnes qui ont souscrit à l’augmentation.
Concrètement : si un créancier démontre que le bien a été surévalué, chaque associé peut être tenu de combler la différence.
Pour un apport significatif ou difficile à évaluer (fonds de commerce, titres, marque), le rapport d’un commissaire aux apports protège aussi l’apporteur.
En résumé
- Création, seuils respectés, décision unanime : dispense possible.
- Création, un seuil dépassé : commissaire aux apports obligatoire.
- EURL ou SASU, l’entrepreneur individuel apporte des éléments de son dernier bilan : pas obligatoire.
- Augmentation de capital en SAS ou en SASU : obligatoire, sauf cas particuliers.
- Augmentation de capital en SARL ou en EURL : à examiner au cas par cas.
Notre rôle
Membre de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes, Hexaconto intervient comme commissaire aux apports pour les SARL, EURL, SAS, SASU et sociétés anonymes, à Paris, en Île-de-France et partout en France.
Si nous tenons déjà la comptabilité de votre société ou de l’apporteur, notre indépendance ne nous permet pas d’être votre commissaire aux apports : nous préparons l’opération avec vous, et un confrère indépendant est désigné.
Voir le commissariat aux apports
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Questions fréquentes
Le seuil de 30 000 € s’apprécie-t-il par apport ou au total ?
Les deux conditions jouent ensemble : chaque apport en nature, pris isolément, ne doit pas dépasser 30 000 €, et l’ensemble des apports en nature non évalués ne doit pas dépasser la moitié du capital.
Un apport en industrie nécessite-t-il un commissaire aux apports ?
L’apport en industrie (travail, savoir-faire) n’est pas un apport en nature et ne concourt pas à la formation du capital. En SARL, il n’est pas évalué par un commissaire aux apports. En SAS, les actions reçues en contrepartie sont évaluées par un commissaire aux apports, dans le délai fixé par les statuts.
Qui décide de la dispense ?
Les futurs associés, à l’unanimité, ou l’associé unique en EURL et en SASU. La décision figure dans les statuts ou dans un acte séparé.
Peut-on se dispenser de commissaire aux apports pour un apport de titres à une holding ?
À la constitution, oui, si les trois conditions sont réunies. Mais un apport de titres dépasse souvent 30 000 € ou la moitié du capital : le commissaire aux apports est alors obligatoire.
Le commissaire aux apports est-il obligatoire dans une SCI ?
Non, aucun texte ne l’impose pour les sociétés civiles. Les associés fixent librement la valeur des apports, sous leur responsabilité. Un commissaire aux apports peut toutefois être désigné de façon volontaire.
Et si les associés retiennent une autre valeur que celle du commissaire ?
C’est possible, mais les associés sont alors solidairement responsables, pendant cinq ans à l’égard des tiers, de la valeur attribuée aux apports.